Fictions modestes et réalités augmentées

Anne-Françoise Rouche et Noëlig le Roux

A propos

Fictions modestes et réalités augmentées n’est pas un catalogue, celui de l’exposition du même nom au Musée International des Arts Modestes ( Sète -17 février – 18 septembre 2022 ). Retraçant quinze ans d’aventures collectives et de décloisonnement de l’art brut, ce livre guide le visiteur selon un fil narratif : celui de l’engagement humain et artistique de sa directrice Anne-Françoise Rouche, de ses résidents porteurs de handicaps mentaux et de leurs explosifs ateliers. Celui d’un territoire aussi, Vielsalm et les ardennes belges, de son passé militaire et sorcier, d’un atelier pratiquant de façon farouchement contemporaine et futuriste un art qui, ici, n’est pas en marge mais au centre de tout.

“Aventure utopique d’une humanité sans marges”, plongée ébouriffante dans un territoire aux avant-postes de la création,résistant aux disciplines et aux assignations, Fictions modestes nous guide dans un lieu hors normes dont les résidents, permanents ou de passage, cherchent rien de moins que redéfinir l’art contemporain, l’art brut et le langage lui-même. Bienvenue à La “S” Grand Atelier. Y venir, en voir les travaux dans une exposition ou dans un livre, c’est ne plus savoir qui est qui, qui est quoi, qui rentre dans quel cadre ni pourquoi il faudrait que quiconque rentre dans quelque cadre que ce soit.

 

Après la présentation du lieu, contexte fondamental pour les artistes, les oeuvres dont est tirée la collection Knock Outsider! sont présentées in situ, d’autres sont visibles pour la première fois, illustrant l’extraordinaire pluralité de la création en ces lieux. On découvre les travaux d’artistes bruts, comme les paysages abstraits de Joseph Lambert ou les collages de Richard Bawin reconfigurant le cinéma américain ; les oeuvres d’artistes singuliers comme le dictionnaire français – liégonnais de Léopold Louis, ou les oeuvres de collectifs constitués sur place, résolumment mixtes et parés à toutes les aventures graphiques, scéniques ou numériques : la performance En Chemin de Gustavo Giacosa avec Kostia Botkine, le collectif Post Animale mettant en scène les créations textiles de Barbara Massart, ou encore Frandiscorama, la numérisation 3D de la ville de Marcel Schmitz, visitable au MIAM. 

 

Puisqu’il y est question de rencontres, et que La “S” est une communauté d’artistes défendant un art sans distinctions conceptuelles ni humaines, ont été intégrés à la sélection des artistes qui se reconnaissent en La “S”, et en laquelle Anne-Françoise Rouche reconnaît La “S”. Ainsi des pierres gravées de Jean-Marie Massou, artiste rebelle sans atelier à qui Fictions modestes rend hommage, ou des peintures sur coquilles du collectif Moule Freaks. Dénominateur commun de tous ces artistes : ils tirent la culture belge dans un même sens, celui d’expérimenter avec l’art et avec eux-mêmes, sans compter, celui du loufoque et d’une très sérieuse envie de faire péter ce qui gêne notre liberté de mouvement artistique. 

 

Le livre prolonge et narre l’exposition, il se garde au chaud dans une bilbiothèque, le temps d’en explorer tous les recoins, de lire et relire les textes qui éclairent les oeuvres et leur contexte. On y cherche, on gratte, on explore, on explose, on navigue à vue, sans repères, dans des univers sans concession ni préconception, oeuvres d’art brutes ou travaux en mixité résultant d’une volonté farouche d’élargir les territoires conjugués de l’art brut et de l’art contemporain… 

 

C’est de ce dialogue permanent entre la page et l’écran, la gravure et le cinéma, que naît l’ambivalence d’Après la mort, après la vie. Motif central, la projection, que ce soit celle des corps, des fantasmes, du livre ou du film, pose d’emblée le récit comme un acte cinématographique. Doubles opposés et complémentaires, A et O sont à la fois lecteurs et spectateurs du livre-film qu’ils créent en inscrivant leur marque, leur voix, leur corps même au creux de la gravure.

Du rouleau encreur aux pellicules de cinéma qui zigzaguent de case en case, des rails de chemin de fer aux roues du corbillard, la circularité du dessin permet ici une mise en abyme sans cesse renouvelée de l’acte créateur, de la gravure à la table de montage.